Toutes un peu gay

Cet article (ici) de Claire Touzard a résonné en moi. Elle y explique pourquoi elle se sent comme un gay dans un corps de femme, qu’il ne s’agit pas vraiment de sexualité mais plutôt d’appartenir à un groupe de gens, en marge, assumant un mode de vie libéré des modes de vies classiques, normés.
Elle y finit pas une phrase avec laquelle je ne suis pas vraiment d’accord : « L’avenir est à la marge ». Je ne pense pas que le communauté gay soit « en marge », au contraire, je pense qu’il n’existe pas de marge mais seulement des individualités qui ne demandent qu’à vivre ensemble librement.
Aujourd’hui, j’ai eu envie de vous écrire pourquoi, à mon sens, les femmes, sont toutes un peu gay.

Depuis très jeune, j’ai toujours eu des amis gays. Je me souviendrais toujours d’un de mes potes qui me répétait souvent « non mais toi, t’es vraiment une meuf à pédés ». Bon clairement, je ne pense pas qu’il y ait de « meuf à pédés » mais je pense surtout que certaines sont plus proches des gays que d’autres surtout par leur rapport à l’affirmation de soi et aux combats livrés pour se sentir intégrée dans une société encore trop peureuse de l’autre (et un peu coincée du bulbe parfois…).

Si j’ai toujours adoré échanger avec vous, mes chers amis gays, c’est parce que je me sens proche de vous, de vos souffrances et de vos combats. Bon, et de manière plus positive, j’ai toujours trouvé en vous (enfin, pour ceux que j’ai croisé sur ma route, parce qu’il y a des cons partout!), un humour fou, une incroyable ouverture d’esprit. Vous êtes les personnes qui jugent le moins au monde, et je l’ai vérifié à chaque rencontre. C’est la première chose pour laquelle je me sens bien auprès de vous.

Il y a très peu de temps, j’ai eu beaucoup de peine de constater de nouveau, que certains homosexuels adultes (donc assez matures), cachent encore la personne qu’ils sont, pour pouvoir être acceptés dans une micro-société comme un club théâtre, une entreprise, la famille (of course!) ou que sais-je encore. Ce qui me fait de la peine là dedans, c’est de voir que ces personnes ne peuvent pas discuter ou plaisanter librement sur ce qu’ils sont, parfois même se brident dans leur comportement, leur attitude. Et c’est là que je suis aussi gay, et que vous aussi.
Qui n’a jamais refoulé quelque chose en soi pour être accepté?

J’ai aussi compris qu’au delà de cette frustration que nous avons tous ressenti un jour de ne pas pouvoir être nous, je suis gay, et vous aussi, parce que nous avons toujours à démontrer que certaines choses qui peuvent s’interpréter comme des choix n’en sont pas, ce sont simplement des choses qui font partie de nous, qui font notre individualité. Et chaque place, qui doit se défendre, est aussi singulière que l’individu qui lui correspond.

Autre chose pour laquelle la femme est un gay, c’est qu’elle n’est pas en marge mais bien marginalisée. Par les restes d’un autre temps où la société patriarcale guidait le monde et ses idées.

Etre une femme de 2017, c’est gagner moins bien sa vie qu’un homme.
Etre une femme de 2017, c’est devoir faire attention à ne pas mettre un décolleté trop profond, surtout quand on a de la poitrine, parce que ça peut faire « fille facile ». Ah et puis une jupe trop courte, ça fait pétasse. Bon, et puis une jupe trop longue, ça fait vieillot.
Etre une femme de 2017, c’est devoir parfois remettre des hommes à leur place après une vanne vraiment trop misogyne et passer pour une reloue alors qu’en fait, on veut juste pas laisser ce genre de choses se banaliser.
Etre une femme de 2017, c’est avoir le droit de ne pas avoir envie d’enfants dans sa vie et pourtant devoir toujours se justifier parce que, pour beaucoup, avoir des enfants c’est la norme.
Etre une femme de 2017, c’est devoir parler un peu plus fort que les autres pour laisser entendre ses opinions.
Etre une femme de 2017 qui sort avec ses copines sans son mec, ça surprend encore.
Etre une femme de 2017 c’est encore entendre des trucs du genre « j’espère que tu le nourris bien ton mec »? (-WTF?!-)

Vous voyez donc que, même en étant une femme blanche hétérosexuelle, jeune et active, on n’est pas si bien lotie.
Voilà pourquoi je suis gay. Voilà pourquoi nous le sommes toutes. Parce que nous avons tous la possibilité de faire ce genre de petite liste de choses qui nous révoltent, de choses qu’on a à coeur de défendre et de choses qu’on a aussi, parfois, du mal à assumer.

C’est quoi ces normes en fait?
Non parce que, qui rentre dans toutes ces cases « normales »?
La question reste basique, cliché, mais tellement vaste et vraiment pas évidente.

Mes chers amis gays, vous avez, vous aussi dû vous battre et vous vous battez encore pour avoir le droit d’exister sans avoir à justifier de vos choix de vie. Je vous admire tellement. Je vous ai toujours admiré, même quand vous vous cachez pour être tranquilles.
Si beaucoup d’autres minorités se battent chaque jour, que j’admire tout autant leurs combats et qu’il est certain que tout le monde a une place égale, je (et beaucoup de femmes) me sens beaucoup plus proche de vous parce que vos combats sont les miens (les nôtres) : j’aimerais que mes choix de vie ne regardent que moi, j’aimerais pouvoir disposer de mon corps comme je le veux sans avoir à me justifier, même au sein de ma famille, j’aimerais pouvoir me comporter comme bon me semble et que mon attitude ne soit pas la seule chose qui me définisse aux yeux des autres. J’aimerais ne pas être autant sexualisée, que ma sexualité et ma personnalité ne soient pas un amalgame de choses.

A tous les gays que j’ai croisé sur ma route, à ceux qui font encore partie de ma vie, je vous admire aussi pour votre joie de vivre malgré cette frustration certaine pour certains. Je n’ai jamais autant ri qu’avec vous, parce qu’avec vous, on peut vraiment rire de tout. Votre ouverture d’esprit est contagieuse, et je vous remercie de m’avoir faite grandir et ouvrir les yeux sur pas mal de choses.

Dans toute cette histoire, je me rends compte que notre génération a encore beaucoup à faire pour que nous puissions TOUS vivre comme nous le voulons. Et là je parle de choix parce que nos préférences sexuelles ne sont pas un choix mais une partie de ce que nous sommes. Par contre, la manière de mener notre vie en est un, et la manière de vivre la sexualité est une infime partie de ce choix (chose très intime qui, d’ailleurs, ne devrait regarder que nos fesses et notre partenaire).
Aussi, commençons par penser à nos choix dans l’optique de mener notre vie à bien selon NOS critères. Tentons de les assumer au mieux pour vivre heureux, affirmons nos convictions tant qu’il nous l’est encore possible. Tentons d’être dans l’échange et non dans le jugement. Je pense que tout ça est possible. Ayons ce courage, trouvons le bonheur dans la liberté d’être soi.
Nous avons tous quelque chose qui ne plaira pas au voisin, et pourtant nous aspirons tous à cette chose qui est devenue si précieuse aujourd’hui : la liberté.

Je finirais sur cette phrase de Périclès :
« Il n’est point de bonheur sans liberté, ni de liberté sans courage »

Share on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+Pin on PinterestEmail this to someone

3 Comments

  • Sandra ! Cet article m’a bouleversée !! Je ressens tout ça puissance 10 000 tous les jours, avec mes élèves, quand je vois comment certains ont 0 estime pour les femmes, ou quand je sors sans mon amoureux et que les regards se posent sur moi. Seule différence: je n’ai plus peur de rétorquer, d’avoir de la répartie car j’ai confiance, j’ai confiance en la capacité de mon corps d’agir et de me protéger. Le fait de s’assumer joue beaucoup, car la plupart de ceux qui nous agressent n’ont pas les c**** de rétorquer ensuite !
    J’ai à coeur de promouvoir la liberté de tous d’être heureux et d’avoir confiance qu’importe notre taille, notre âge, notre style. J’essaie de véhiculer ce genre de message à mes élèves et à d’autres grâce à mon blog et voir que tu le fais aussi me remplit de joie !
    Mille baisers lyonnais,
    Jade

    Répondre
  • Quel bel article ! Je te rejoins sur tous les points, tous les mots ! 🙂 J’ai aussi quelques amis gays, et c’est vrai qu’on se sent plus libres avec eux 🙂

    Répondre
  • C’est un très bel article, on sent qu’il vient du coeur 🙂 J’ai aussi fait dans ma vie des rencontres d’amis gays et je les ai toujours trouvé ouverts d’esprit, sympas, drôle et attentionnés envers les autres (bon évidemment ils sont pas tous comme ça). C’est complètement vrai qu’avec eux on se sent super bien et à l’aise.
    Je ne comprends pas qu’en 2017 certains soient foutus dehors par leur famille pour leur orientation sexuelle. Je ne comprends pas non plus quand on me dit que c’est « une mode » ou « un choix »…ça me met en rogne et ça me peine, aussi. Malheureusement, je me suis rendu compte que c’était…assez fréquent.

    Répondre

Write a comment